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« Nous avons tout perdu »

Urgence
Irak

En août 2014, le groupe Etat Islamique prenait le contrôle de Jalawla, en Irak. La ville a depuis été le théâtre de nombreux affrontements qui ont engendré le déplacement de dizaines de milliers de personnes. Jalawla, reprise en décembre 2015 par les forces armées, reste aujourd’hui l’un des endroits les plus ravagés par le conflit. Depuis le début de l’année, les habitants commencent à se réinstaller, bien que la zone ne soit pas sécurisée. Handicap International mène des activités d’éducation aux risques et d’assistance aux victimes dans la ville. L’association y lancera également, très bientôt, des activités de déminage pour sécuriser les lieux.

Le fils de Khaled, devant la maison de son oncle, dont il ne reste que des ruines.

Le fils de Khaled, devant la maison de son oncle, dont il ne reste que des ruines. | © E. Fourt / Handicap International

Aujourd’hui, le soleil brille à Jalawla et les habitants qui s’y sont réinstallés semblent vaquer à leurs occupations quotidiennes, comme si les évènements qui avaient touché leur ville étaient déjà loin. Pourtant, il suffit d’échanger quelques mots avec la première personne que l’on croise au détour d’une rue, pour réaliser que rien n’est plus comme avant. « Nous avons tout perdu », explique Rayida, installée devant sa maison. Cette ancienne professeure d’anglais, aujourd’hui au chômage, est rentrée à Jalawla il y a quatre mois. « Ils ont pillé nos maisons et ils ont tout détruit avant de partir. Aujourd’hui, bon nombre d’entre nous n’avons plus d’emploi. Et regardez nos rues, elles sont ravagées. Mais ce qui m’inquiète le plus maintenant, c’est qu’un accident arrive à mes enfants. Parfois, ils ne sont pas assez prudents… »

Quelques centaines de mètres plus loin, un petit garçon joue devant un immense tas de gravats. Son père, Khaled, commente : « C’était la maison de mon oncle… Voilà ce qu’il en reste aujourd’hui. » Il regarde son fils tendrement avant d’ajouter : « Je le surveille beaucoup, je lui dis qu’il n’a pas le droit d’aller jouer sur les décombres. Et quand je remarque un objet suspect dans la rue, j’appelle immédiatement les autorités. » Le père de famille a appris les bons réflexes à adopter lors d’une session d’éducation aux risques menée par un partenaire de Handicap International dans son quartier.

L’association est présente à Jalawla depuis cet été, pour sensibiliser la population aux risques auxquels elle s’expose et apprendre à chacun les bons gestes à adopter quand il suspecte la présence d’un reste explosif de guerre.

Un peu plus loin, dans le quartier de Shuhada, un vieil homme se tient immobile, devant un tas de ruines. Cet endroit a été l’un des plus touchés par le conflit et pas une rue n’a été épargnée par les impacts de balles et autres explosions. « Je suis rentrée avec ma femme, il y a deux mois. Lorsqu’elle a vu notre maison, elle a eu une crise cardiaque et est décédée sur le coup », raconte tristement Rachid, 61 ans.

« De nombreuses personnes de la ville sont extrêmement traumatisées », commente Awtar, spécialiste en soutien psycho-social pour Handicap International. « Le cas de cet homme n’est pas isolé. Dans le cadre de notre programme d’assistance aux victimes, nous intervenons auprès de centaines de personnes qui sont en état de détresse psychologique. »

Au détour du quartier d’Al Wahda, on trouve une roquette non explosée devant l’une des nombreuses maisons détruites par une explosion. Quelques pas plus loin, un gilet porte-munitions a été laissé sur les lieux. « La ville de Jalawla est infestée de ce genre de dangers », explique Subhi, chargé de projet d’éducation aux risques.  « C’est la raison pour laquelle nous tenons absolument à déminer les lieux. » Dans quelques semaines, plusieurs équipes de démineurs commenceront les opérations de dépollution dans Jalawla et ses environs. Handicap International mènera aussi ces activités de déminage dans d’autres gouvernorats touchés par le conflit, tel que celui de Kirkouk, plus au nord du pays.

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