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« Nous devons accéder aux populations prises au piège des combats… »

Syrie

Maëlle Pelletier est mobilisée sur les opérations de Handicap International en Syrie. Depuis 2013, l’association apporte son assistance à la population à travers des services de réadaptation et mène des campagnes d’éducation aux risques des mines dans le pays. Mais l’intensification des combats autour d’Alep ces dernières semaines – et l’absence de cessez-le-feu durable - freine les capacités d’intervention des équipes de Handicap International comme celles des autres organisations humanitaires. 

Photo archive de Kobané.

Photo archive de Kobané. | © Ph. Houliat / Handicap International

Quelle est la situation actuelle en Syrie et plus principalement, dans la région d’Alep ?

La situation en Syrie est désastreuse. Lorsque nous avons commencé à travailler dans la région, nous ne pensions pas que cette crise durerait aussi longtemps… Au fil des années, le conflit s’est intensifié considérablement. Il y a eu une multiplication des belligérants, une intensification de l’utilisation d’armes explosives en zones peuplées et, en conséquence, une augmentation exponentielle du nombre de morts et de blessés.

Le nord de la Syrie est particulièrement touché par le conflit, c’est une région qui ne connait aucun répit. Le contexte est instable, les lignes de fronts et les alliances changent constamment et nous sommes obligés d’adapter nos activités et notre intervention en conséquence. D’autre part, moins d’un quart des structures de santé en Syrie sont en capacité de fournir des soins post-opératoires.[1] Les blessés viennent donc souvent de loin pour bénéficier de nos soins. Quand il y a des bombardements, on voit directement l’impact sur nos activités : les blessés arrivent en masse dans les hôpitaux encore en service. Nous devons  renforcer nos capacités pour répondre à tous les besoins.

Ces dernières semaines, c’est la situation à Alep qui est particulièrement préoccupante. La partie Est de la ville est bombardée quotidiennement. Plus d’un million de personnes dans cette ville n’ont plus accès à l’eau courante depuis plusieurs semaines et beaucoup des structures de santé ont été détruites. Durant la première semaine d’octobre, quatre des huit hôpitaux de la zone Est d’Alep ont été touchés par les bombardements[2]. Le plus grand d’entre eux a notamment été attaqué cinq fois en l’espace de quelques jours.[3] Le 14 octobre a été la pire journée pour la zone Est d’Alep, avec quatre hôpitaux et une ambulance touchés par des bombardements en moins de 24 heures.[4] On dénombre des centaines de morts, plus d’un millier de blessés, et près d’un tiers d’entre eux sont des enfants[5]… Sans compter que moins d’une dizaine de chirurgiens sont en mesure d’opérer, pour une population de 250 000 habitants.[6] Cette zone étant assiégée, les blessés n’ont même pas l’opportunité de se rendre ailleurs pour se faire soigner. Beaucoup d’Aleppins disent que la situation n’a jamais été aussi dure depuis le début du conflit puisqu’ils sont véritablement pris au piège des combats, manquent de tout et n’ont pas la possibilité d’être soignés convenablement. L’un de nos partenaires sur le terrain nous confiait récemment, très préoccupé : « Les hôpitaux sont bombardés constamment, la nourriture commence à sérieusement manquer, il n’y a plus d’eau et des coupures constantes d’électricité. »

Quels sont les principaux besoins sur le terrain ?

Le principal besoin est la possibilité pour les habitants des zones bombardées – des femmes, des enfants, des personnes âgées… - d’avoir accès à l’aide humanitaire, d’avoir accès aux soins. Les  attaques de structures de santé doivent stopper immédiatement, tout comme, plus généralement l’utilisation d’armes explosives en zones peuplées. Les conséquences des bombardements de civils sont effroyables.  Pour répondre aux besoins de la population, nous devons être en mesure de prendre en charge les blessés. Cela est extrêmement compliqué lorsque les bombardements sont permanents. Le Nord de la Syrie a été particulièrement impacté par les bombardements des structures de santé.

Les organisations humanitaires doivent pouvoir intervenir pour apporter une assistance aux civils qui ne peuvent pas fuir les zones de combats et vivent dans des conditions critiques, n’ayant généralement pas accès aux services de base. Nous devons aussi être en mesure de pouvoir évacuer les blessés de ces zones assiégées.

Quel rôle joue Handicap International dans la région ?

Nous intervenons en Syrie depuis 2013, et nous avons notamment été les premiers à proposer de l’éducation aux risques des mines dans le nord du pays auprès des populations civiles à risque, en particulier les enfants. Aujourd’hui, nous sommes plusieurs ONG sur le terrain mais certaines d’entre elles nous demandent encore de former leurs partenaires pour renforcer leurs capacités d’intervention. Nous disposons de formateurs qualifiés à l’intérieur de la Syrie, y compris en réhabilitation physique et fonctionnelle, ce qui est le cas de peu d’ONG et constitue une vraie valeur ajoutée à notre intervention, depuis plus de trois ans.

D’autre part, dans certaines villes du pays, nous sommes la seule organisation humanitaire  à fournir des soins de réadaptation. Ce genre de service est prioritaire, au vu de la situation humanitaire aujourd’hui en Syrie. Si les personnes qui ont besoin de réadaptation ne sont pas prises en charge immédiatement, leurs blessures peuvent s’aggraver considérablement et leur handicap peut devenir permanent. Pour que la réadaptation soit efficace, il est nécessaire d’agir  très rapidement.

Enfin, nous renforçons notre intervention avec des sessions de soutien psycho-social auprès des personnes blessées ou en situation de handicap, et leurs proches.  Ces activités sont indispensables dans le contexte actuel. L’écoute, le temps et la proximité de nos équipes sur le terrain sont un facteur important dans le processus de rétablissement de nos bénéficiaires : il ne s’agit pas seulement d’appareiller ou d’aider à la mobilité des personnes, mais de les remettre debout en leur redonnant confiance et espoir. Ce sont ces témoignages de bénéficiaires qui nous motivent au quotidien et nous font prendre conscience, concrètement, de la pertinence de nos actions.

 

Handicap International et la crise syrienne : Plus 750 000 personnes ont bénéficié d’actions entreprises par Handicap International depuis le lancement de ses opérations, en 2012, en Syrie et dans les pays voisins, en Jordanie, en Irak et au Liban. L’organisation propose des services de rééducation physique, un accompagnement psychologique et des distributions d’urgence pour répondre aux besoins fondamentaux des personnes blessées, handicapées et particulièrement vulnérables. Handicap International diffuse également des messages de sensibilisation et de sécurité auprès des populations locales afin de prévenir les accidents causés par des restes explosifs de guerre

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