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Ouragan Matthew : une journée avec les équipes de Handicap International aux Cayes

Urgence
Haïti

Une équipe d’urgence de Handicap International est arrivée aux Cayes le 11 octobre, une semaine après le passage de l’ouragan Matthew en Haïti. Actuellement composée de dix membres, sa mission est notamment d’évaluer l’ampleur de la catastrophe dans les départements du Sud et de Grand’Anse, mais aussi d’apporter des soins et une aide psychologique aux personnes affectées. Reportage aux Cayes au plus près de leur action.

une journée avec les équipes de Handicap International aux Cayes

une journée avec les équipes de Handicap International aux Cayes | © B.Almeras/Handicap International

Geoffrey Guimberteau est ergothérapeute de formation. Carrure solide, barbe fournie et yeux vifs, il travaille dans le secteur humanitaire et associatif depuis 2009 et est déjà venu en Haïti pour apporter son soutien aux victimes du séisme de janvier 2010.

“Dans les contextes d’urgence, il est difficile de planifier puisque nous dépendons de l’information qui remonte du terrain, explique Geoffrey. Cette information arrive parfois au compte-gouttes, comme c’est le cas dans cette crise. Cela demande un effort permanent d’adaptation, mais aussi de prioriser des zones qui n’ont pas encore été évaluées afin de pouvoir partager nos informations avec les autres organisations humanitaires et de renforcer l’efficacité de l’aide.”

Aujourd’hui, la priorité de l’équipe est d’évaluer la situation des personnes affectées par l’ouragan Matthew dans deux endroits : l’école Dumarsais Estimé, qui a été transformée en abri temporaire pour certaines des 180 000 personnes déplacées par l’ouragan Matthew, et l’hôpital Immaculée Conception - principal établissement sanitaire de la ville des Cayes.
 

Le chaos des abris provisoires
 

L’école Dumarsais Estimé se trouve à proximité de la base de la Mission des Nations Unies pour la Stabilisation d’Haïti (MINUSTAH) des Cayes.

Un seul coup d’oeil dans l’enceinte et dans les classes suffit pour comprendre que la situation est plus que difficile : l’arbre du milieu de la cour est effondré, des détritus jonchent un sol boueux, constellé de flaques d’eau stagnante.

Très vite, l’équipe mobile de Handicap International est rejointe par Alexis, 23 ans, qui a la charge de représenter l’ensemble de la communauté auprès des déplacés. Il met à disposition une classe pour permettre aux agents de l’association de travailler et rassemble les personnes vulnérables (personnes âgées, isolées, femmes enceintes, personnes handicapées) qui vivent dans l’abri.

Parmi elles, Velium Ligé, 50 ans. Ce vieil homme au regard doux est hémiplégique depuis un accident vasculaire cérébral survenu il y a quelques années – il a également perdu l’usage de la parole depuis. Il est accompagné de sa compagne Mélienne qui s’occupe de lui dans l’abri depuis qu’ils ont perdu leur maison lors du passage de l’ouragan Matthew. Depuis qu’ils sont à l’école Dumarsais Estimé, l’état de Velium l’empêche de recevoir l’aide lui-même et Mélienne n’est pas en mesure de la lui faire parvenir toute seule.

Une physiothérapeute pour la mission de Handicap International en Haïti, Jeannica Verneret, le prend en charge : elle montre à Velium et Mélienne des exercices simples à faire chaque jour pour retrouver un peu de mobilité et encourage le vieil homme à marcher régulièrement. Pour cela, elle lui donne également une béquille qui lui apportera davantage d’autonomie dans ses déplacements.

Dans une autre partie de la salle, Fanélie Raban, psychologue, et Fedner Weche, travailleur social, mettent en place un groupe d’écoute pour que les personnes affectées puissent exprimer ce qu’elles ont ressenti lors de l’ouragan. Rapidement, une dizaine de personnes les entourent pour partager leurs angoisses.

Pour Fanélie, c’est un moment nécessaire : « Même si la résilience des Haïtiens est très forte, beaucoup des personnes qui sont abritées n’ont pas eu l’opportunité de parler de la catastrophe et de leurs craintes relatives à l’avenir. Mettre en place ces groupes d’écoute, c’est un premier pas pour leur permettre dépasser leurs traumatismes, dégâts moins visibles de l’ouragan. »


Dans la pénombre de l’hôpital général des Cayes
 


L’hôpital général des Cayes est la deuxième étape de l’évaluation. Situé en plein centre-ville, c’est l’hôpital de référence pour l’ensemble du département du Sud, mais le passage de l’ouragan y a également laissé des traces. Les débris ont été rassemblés dans la cour centrale. L’établissement est privé de courant électrique.

Jeannica pénètre dans le service d’orthopédie, qui plongé dans le noir en attendant la mise en route du générateur ; elle effectue sa visite à l’aide de la lumière d’un téléphone.
Dans cette partie de l’hôpital, la souffrance est palpable – aucun des patients, blessés suite à la catastrophe, n’a encore reçu de soins chirurgicaux, faute de temps et de moyens humains disponibles. En attendant une opération, leurs fractures sont maintenues par des bandages auxquels sont attachées des attelles de fortune.
 

Parmi les blessés, Gisela, 71 ans, a été particulièrement affectée par l’ouragan. Blessée au tibia gauche, cette résidente de Disis raconte le traumatisme vécu : « Nous habitions trop loin de l’abri, nous avons tenté de rester chez nous mais les vents étaient trop forts, ils ont emporté le toit et les murs de la maison sont tombés sur nous. Mon fils est mort. Je n’ai plus rien et ma blessure me fait très mal. »


Gisela est gardée par sa petite-fille de 15 ans, Dieunane, dont le père est décédé dans l’ouragan ; pour cette dernière, de nombreux blessés sont restés à Disis car ils n’ont pas les moyens de venir à l’hôpital. Certains des patients ont dû attendre plusieurs jours avant de pouvoir rejoindre l’hôpital.
 

« Le plus important pour nous, c’est que ces personnes soient correctement prises en charge, explique Geoffrey. Elles doivent recevoir un accompagnement psychosocial et des soins adaptés, notamment en kinésithérapie, pour qu’elles ne développent pas de séquelles invalidantes. »

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