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« Se sentir en sécurité n’a pas de prix »

Mohamad est un garçon de 9 ans. En février 2014, il a été victime d’un bombardement en Syrie et a dû être amputé d’une jambe. Désormais réfugié en Jordanie avec sa famille, il a été appareillé d’une prothèse par Handicap International qui lui propose des sessions de réadaptation.

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Mohamad (à droite), avec sa mère et ses frères et sœurs. | © E. Fourt / Handicap International

« Quand la guerre a commencé dans notre pays, Mohamad est parti vivre avec ses grands-parents en Jordanie », raconte Zhoor, la mère du jeune garçon, lorsqu’une équipe de Handicap International rend visite à la famille. « Mais après un an passé ici, nous lui manquions terriblement. Alors malgré la guerre, il est rentré en Syrie pour être avec nous. Trois jours après son arrivée, notre maison a été bombardée. Il a reçu des éclats d’obus dans la poitrine et dans la jambe. »

Blotti sous une grosse couverture, Mohamad écoute calmement sa mère raconter son histoire. Zhoor explique comment elle a accouru vers son fils, après l’explosion. « J’ai vu sa jambe complètement calcinée, criblée d’éclats d’obus. Ma tante, qui se trouvait non loin de lui, était morte sur le coup. Et un autre de mes fils semblait touché à la tête. Une tâche de sang se distinguait sur son visage, recouvert de poussière. »

Mohamad est immédiatement transporté à l’hôpital de Ramtha, en Jordanie, où les médecins décident de l’amputer. « Je devais rester en Syrie pour prendre soin de mes autres enfants alors c’est l’oncle de Mohamad qui est parti avec lui. Il ne m’a pas dit que mon fils avait été amputé, il voulait me ménager », raconte Zhoor. Un mois plus tard, elle arrive à son tour dans le pays avec ses autres enfants et son mari. Elle se rend à l’hôpital et découvre alors la vérité. « Quand j’ai vu que mon fils n’avait plus qu’une jambe, je me suis évanouie », raconte-t-elle. « Le choc a été terrible. »

 

Mohamad, dans son salon. © E. Fourt /Handicap International

Mohamad reste hospitalisé plusieurs semaines. C’est là qu’il rencontre une équipe de Handicap International. « L’association lui a fabriqué une prothèse et il a commencé à suivre des séances de kinésithérapie », explique Zhoor. « Au début, c’était très difficile pour lui de s’adapter à sa nouvelle situation. Mais je n’ai jamais cessé de l’encourager, de lui dire qu’un jour, il réussirait à remarcher. » Depuis, grâce aux sessions de réadaptation, Mohamad a fait d’importants progrès. Il se rend désormais à pied à l’école, tous les matins.

« Au début, je voulais payer un taxi pour l’y emmener car l’école se trouve à 2 kilomètres de chez nous mais il a refusé », ajoute sa mère. « Cela lui prend du temps de faire le chemin, mais il aime être capable de marcher avec ses cousins, qui étudient dans la même classe que lui. » Mohamad est un très bon élève et aime beaucoup étudier. « Mon cours préféré est la leçon d’arabe », dit-il alors timidement. Sa mère ajoute avec un grand sourire : « Mon fils est très intelligent. Et j’admire beaucoup sa détermination. Outre le fait qu’il marche pour aller à l’école, il joue aussi au foot avec ses copains régulièrement. »

Zhoor conclut : « Si nous restons en Jordanie, c’est en grande partie pour lui. Là où nous vivions en Syrie, aucune structure de santé n’était accessible. Le fait que mon fils et le reste de mes enfants aillent bien est ma priorité. Le quotidien ici n’est pas facile, nous sommes totalement dépendants de l’aide des associations. Mais au moins, nous ne risquons pas nos vies. Lorsque Mohamad ou ses frères et sœurs sortent de la maison, je n’ai pas peur. En Syrie, nous passions notre temps à fuir les bombardements. Même si notre situation en Jordanie est précaire, le sentiment de nous sentir en sécurité n’a pas de prix. »

 

 

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