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Donner le feu vert aux mines dites «intelligentes» met les civils en danger

Mines et autres armes
International

Ce 4 avril marque la Journée internationale de sensibilisation au problème des mines: l’occasion pour  Handicap International d’appeler les États-Unis à revenir sur leur décision d’autoriser l’utilisation de mines dites «intelligentes». 

Victime de mines dans les années 1980 au Cambodge, Gniep Amélie Smoeun était à Genève le 13 février 2020 aux côtés de HI pour une action médiatique

Victime de mines dans les années 1980 au Cambodge, Gniep Amélie Smoeun était à Genève le 13 février 2020 aux côtés de HI pour une action médiatique | Basile Barbey / HI

Le 31 janvier dernier, l'administration Trump annonçait son intention d’autoriser l’utilisation de mines dites « intelligentes », mettant un point final à une politique qui visait jusque-là à éliminer toutes les mines antipersonnel. En tant que co-fondatrice de la Campagne internationale pour l'interdiction des mines antipersonnel (ICBL) et co-lauréate du prix Nobel de la paix 1997, Handicap International avait alors immédiatement dénoncé un recul grave dans la lutte contre ces armes barbares.

Il s'agit d’une décision odieuse qui menace les progrès réalisés en 20 ans grâce à la Convention d'Ottawa interdisant les mines antipersonnel.

«Nous refusons de revenir 20 ans en arrière»

Martin Lagneau, directeur de Handicap International Luxembourg, ne décolère pas:

 «Il est inimaginable qu'après plus de 20 ans de combats et de victoires contre ces armes infâmes, les États-Unis lancent l'utilisation de mines soi-disant intelligentes! Nous refusons de revenir au scénario des années 1990, où nous comptions plus de 20.000 victimes par an.»

La Convention d’Ottawa a, en effet, largement prouvé son efficacité: l'utilisation des mines terrestres a presque été éradiquée. 164 États parties ont fait de l'interdiction des mines une norme universelle du droit humanitaire international. Les États-Unis sont l'un des rares pays à ne pas y avoir adhéré, partageant les rangs avec la Chine, l'Égypte, l'Inde, Israël, le Pakistan et la Russie.

Ottawa, victoire retentissante

Le commerce de cette arme s’est tari: en 1999, 50 États produisaient encore des mines et 160 millions de mines étaient stockées. Aujourd'hui, seuls 11 États produisent encore ces armes et les stocks sont inférieurs à 50 millions d’unités.

Plus de 120.000 victimes ont été enregistrées par  l'Observatoire des mines et des armes à sous-munitions au cours de la période 1999-2018, le nombre annuel de victimes ayant été divisé par 3 en 15 ans.

Dans le monde, au moins 60 millions de personnes vivent encore dans des zones contaminées. Nous ne pouvons donc pas considérer la Convention d'Ottawa comme acquise. Elle doit être renforcée en permanence au lieu d'être lâchement attaquée par certains États.

Une décision «hors de propos» face au Covid-19

Enfin, alors que les États-Unis et le reste du monde doivent lutter contre le Covid-19 qui a de graves conséquences sanitaires, économiques et sociales, et que le Secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, a appelé à un cessez-le-feu mondial immédiat pour donner la priorité à la lutte contre la pandémie, «cette décision semble totalement hors de propos et ne correspond pas aux défis auxquels nous sommes confrontés aujourd'hui», poursuit Martin Lagneau.

«Nous demandons instamment à l'administration Trump de revenir sur cette décision et de se concentrer sur la véritable priorité.»

 


HI CONTRE LES MINES, EN CHIFFRES (2019) 

  • Nombre de pays où HI a des activités de déminage: 22
  • Nombre de personnes formées à l'éducation aux risques: 1.635
  • Nombre de personnes ayant bénéficié de séances de sensibilisation aux risques des armes classiques: 700.000
  • Nombre de démineurs HI en action: 350
  • Surface de terrain défriché: 3.380.000 M2
  • Nombre d'engins explosifs détruits: 48.250

 

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