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« Les engins explosifs improvisés, une menace à retardement »

Mines et autres armes
Irak

Thomas Hugonnier, responsable du programme « Action contre les mines » de Handicap International supervise notamment les activités de déminage de l’association en Irak, qui visent à protéger les civils des restes explosifs de guerre dans le pays.

Thomas Hugonnier, responsable du programme « Action contre les mines » de Handicap International

Thomas Hugonnier, responsable du programme « Action contre les mines » de Handicap International | © JJ.Bernard/Handicap International

En quoi la situation de l’Irak est-elle spécifique, lorsqu’on aborde la question du déminage ? 
Le contexte irakien est très particulier. D’ordinaire, les organisations humanitaires n’engagent des actions de déminage dans un pays  qu’une fois que le conflit est terminé et des accords de paix signés. Dans le cas de l’Irak, le conflit est toujours en cours, et la nature des restes explosifs de guerre impose une intervention immédiate pour protéger les populations. De nombreuses zones sont secouées par des combats ou sous la menace de groupes armés. On compte d’ailleurs plus de 3,3 millions de personnes déplacées dans le pays. Une forte menace pèse aussi sur les personnes déplacées qui tentent de retourner chez elles une fois leur zone d’origine libérée. Handicap International intervient pour éviter que les familles qui rentrent chez elles ne se mettent en danger. Et pour éliminer la menace qui peut peser sur elles.  

Toutefois, la situation de l’Irak est également unique compte tenu du type de restes explosifs de guerre que l’on peut  y trouver. Les équipes de Handicap International ne font pas seulement face à des mines, qui dans des conflits classiques, sont répertoriées, classifiées, et dont le risque est identifié. Nos démineurs doivent s’adapter à un autre type de menace, notamment des armes complexes et sournoises comme des engins explosifs improvisés (EEI) – par définition à la technologie très aléatoire -, auxquels les opérateurs humanitaires n’ont pas été confrontés jusqu’à présent. C’est une guerre à retardement, puisque dans ces zones, les combats sont terminés, mais des victimes sont recensées malgré le départ des combattants. 


Comment Handicap International fait face à ce nouveau défi ? 
Nous nous devons de chercher une réponse à ce défi de taille, pour protéger la population de la menace des EEI. Nous avons donc décidé d’intervenir sur les zones dans lesquelles les groupes armés ont posé des engins explosifs improvisés. Au cours des derniers mois, nous avons conduit plus de 90 enquêtes non-techniques. Ces enquêtes servent à identifier les zones dangereuses, à les référencer et à les marquer, pour avertir la population du danger. Nos rapports d’enquêtes sont ensuite remis aux autorités qui sont habilitées à nous donner l’autorisation de dépolluer les zones préalablement identifiées. 

De plus, nos experts en déminage développent actuellement les procédures et les formations liées à la prise en charge et la neutralisation des engins explosifs improvisés sur le terrain, les standards internationaux d’intervention humanitaire n’ayant pas encore été définis pour ce type d’arme.  

En parallèle, et parce qu’il est nécessaire d’épargner des vies, nos équipes mobiles conduisent chaque jour des séances d’éducation aux risques liées aux restes explosifs de guerres pour avertir les personnes résidant ou déplacées dans des zones polluées des dangers et de la conduite à tenir. 

Pourquoi l’intervention de Handicap International est-elle indispensable dans le pays? 
Nous pouvons constater un niveau de contamination unique – des restes de guerre et des engins explosifs improvisés à la fois dans les champs, dans les maisons, parfois sur des cadavres, ou encore sur des portes de réfrigérateurs. Une quantité de restes explosifs et une diversité jamais observée. Forte de son expérience en déminage dans le monde, Handicap International a donc un vrai rôle à jouer en Irak. 

L’association est également présente en Iraq depuis plus de 25 ans avec des projets de développement, et elle y a aussi déployé une intervention d’urgence depuis 2014. La mise en place d’activités de réadaptation physique, soutien psychosocial, éducation aux risques liés aux explosifs de guerre, inclusion des personnes handicapées dans la réponse humanitaire, ont été déterminantes pour faciliter l’accès à certaines zones. En outre, ces activités interviennent aujourd’hui en complémentarité des activités de dépollution. 

En tant qu’acteur humanitaire, il est de notre responsabilité d’assister la population irakienne et notamment les personnes les plus vulnérables, ayant dans la plupart des cas, un accès difficile aux services sociaux de base. Une partie de la population n’est également pas informée des risques liés aux restes explosifs de guerre.  La dépollution des terres vise à assurer la sécurité de ces personnes, et permet dans le même temps à ces personnes de reprendre leur activité, rouvrir des commerces, cultiver leurs champs… Handicap International s’est donc donné pour mission de mettre en place une intervention globale, dans une logique d’assistance aux communautés hôtes ainsi qu’aux populations déplacées et/ou rapatriées.

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[2] La Convention d’Ottawa interdit l'acquisition, la production, le stockage et l'utilisation des mines antipersonnel. La Convention a été ouverte à signature le 3 décembre 1997. Elle est entrée en vigueur le 1er mars 1999. 162 sont Etats parties à la Convention. 1 Etat en est signataire. 

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